Un modèle de gouvernance ancré dans les performances européennes
Le modèle algérien d’internationalisation s’inscrit dans une démarche structurée, fondée sur une analyse comparative des systèmes européens les plus performants. Cette approche s’appuie sur des données concrètes issues des deux principaux programmes de référence que sont Horizon Europe et Erasmus+. Ces programmes offrent une lecture particulièrement pertinente des dynamiques de coopération, de financement et de structuration des systèmes d’enseignement supérieur à l’échelle européenne.
Les résultats observés sont sans ambiguïté : les pays les plus performants ne sont pas uniquement ceux qui disposent des plus grandes capacités scientifiques, mais ceux qui ont su mettre en place une gouvernance claire, cohérente et durable.
Des performances européennes qui confirment le rôle de la gouvernance
Dans le cadre du programme Horizon Europe (2021–2024), les principaux bénéficiaires des financements sont :
🇩🇪 Allemagne
🇫🇷 France
🇪🇸 Espagne
🇳🇱 Pays-Bas
🇮🇹 Italie
Ces pays concentrent une part majeure des financements européens en recherche et innovation, ce qui traduit à la fois leur capacité scientifique mais aussi, et surtout, leur capacité organisationnelle. Dans le même temps, l’évolution des pays dits “widening”[1] est particulièrement révélatrice : leur part dans les financements est passée de 9,5 % dans Horizon 2020 à 13,6 % dans Horizon Europe, soit une progression de 43 %. Cette augmentation significative montre que la structuration des dispositifs nationaux permet à des systèmes moins historiquement dominants de monter rapidement en puissance.
Les données Erasmus+ confirment cette lecture. En 2023, 427 670 mobilités ont été enregistrées dans l’enseignement supérieur européen, soit une hausse de 22 % en un an. Les flux restent fortement concentrés dans quelques pays structurés : l’Espagne (64 179 mobilités entrantes), l’Italie (47 184), l’Allemagne (37 713) et la France (33 895) constituent les principales destinations. Du côté des pays d’origine, la France se distingue avec 57 418 mobilités sortantes, devant l’Allemagne et l’Espagne. Là encore, la performance s’explique autant par l’attractivité que par la capacité à organiser, piloter et accompagner les mobilités à grande échelle.
Une architecture commune aux systèmes performants
Au-delà des chiffres, l’analyse qualitative des modèles européens met en évidence une constante remarquable : malgré leurs différences institutionnelles, les pays les plus performants reposent sur une architecture de gouvernance très similaire.
Dans tous les cas, l’État joue un rôle structurant. Il ne produit pas directement les projets, mais il en définit le cadre, fixe les priorités et garantit la cohérence d’ensemble. En Allemagne, par exemple, le modèle porté par le DAAD permet une centralisation de l’information et des procédures qui assure une lisibilité exceptionnelle du système. À l’inverse, la Suède privilégie un État stratège qui fixe des orientations claires tout en laissant une forte autonomie aux universités, favorisant ainsi l’agilité et la qualité des projets. Malgré ces différences, le résultat est le même : une capacité élevée à capter des financements et à coordonner des projets européens.
Ce pilotage national s’appuie systématiquement sur des relais locaux solides. Dans tous les pays étudiés, les universités disposent de cellules projets professionnalisées, intégrées à leur organisation et composées de personnels formés. Ces structures jouent un rôle déterminant : elles assurent la veille sur les opportunités, accompagnent les porteurs de projets, sécurisent les aspects administratifs et financiers, et permettent surtout de capitaliser les expériences. Elles transforment ainsi des initiatives individuelles en une véritable capacité institutionnelle.
Enfin, un troisième élément apparaît comme décisif : l’articulation entre stratégie, projets et financements. Dans les systèmes performants, les projets ne sont jamais déconnectés des priorités nationales ou institutionnelles. Ils sont conçus comme des outils de mise en œuvre stratégique, et non comme de simples opportunités de financement. Cette cohérence permet non seulement d’augmenter les taux de succès, mais aussi de maximiser l’impact des projets sur les systèmes d’enseignement supérieur.
Des modèles variés, une convergence forte
Les modèles européens présentent des spécificités importantes : agence nationale forte en Allemagne, pilotage délégué en France, approche multi-agences en Italie, modèle pragmatique en Espagne, autonomie renforcée en Suède, mais ils convergent tous vers une même logique : une gouvernance multi-niveaux, une professionnalisation des fonctions liées aux projets, et une forte coordination nationale.
Cette convergence est précisément ce qui explique leur performance collective.
Le modèle algérien : un modèle structuré et adapté
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le modèle algérien. Il reprend les principes structurants observés en Europe, tout en les adaptant au contexte national. L’architecture mise en place repose sur une articulation claire entre un niveau national, porté par la DCEU, et un niveau local, incarné par les cellules d’internationalisation au sein des universités.
Au niveau national, la DCEU assure la définition de la stratégie, la coordination des actions, la production d’outils communs et la capitalisation des résultats. Au niveau des établissements, les cellules RELEX prennent en charge la mise en œuvre opérationnelle : veille, montage de projets, gestion des mobilités et remontée des données. Cette organisation permet de structurer durablement les pratiques et de renforcer la cohérence du système dans son ensemble.
Une innovation : passer d’une logique projet à une logique système
Au-delà de l’alignement avec les modèles européens, le dispositif algérien introduit une évolution majeure. Il ne se limite pas à reproduire des pratiques existantes, mais vise à transformer en profondeur le fonctionnement du système.
L’un des apports les plus significatifs réside dans le passage d’une logique projet à une logique État. Les compétences développées dans le cadre des projets ne disparaissent plus à leur terme : elles sont intégrées, capitalisées et réutilisées. Cette dynamique s’accompagne de la création d’une véritable mémoire institutionnelle, permettant de transformer les résultats des projets en leviers de politiques publiques.
Par ailleurs, le modèle privilégie une mutualisation nationale souple, fondée sur un réseau de cellules universitaires, des outils communs et une communauté de pratiques. Cette approche permet de concilier coordination nationale et agilité locale, sans alourdir le système.
Les données européennes le montrent clairement : la performance dans les programmes internationaux ne repose pas uniquement sur les capacités académiques, mais sur la qualité de l’organisation.
En s’appuyant sur les enseignements des modèles européens les plus performants, le modèle algérien s’inscrit dans une trajectoire de convergence ambitieuse. Il pose les bases d’un système plus structuré, plus lisible et plus efficace, capable non seulement de participer aux dynamiques internationales, mais aussi d’y jouer un rôle stratégique.
L’enjeu n’est plus simplement d’être présent à l’international, mais de s’y inscrire de manière durable, cohérente et performante.
[1] Les pays “widening” sont les pays visés par les actions d’élargissement de la participation dans le cadre d’Horizon Europe. L’objectif est de réduire les écarts de performance entre recherche et innovation entre les pays européens et de renforcer la participation des pays dont les systèmes de recherche et d’innovation sont moins intégrés aux réseaux européens.

